Le moulin de La Ferrière

Association Sauvegarde du Patrimoine Viracois

Association Sauvegarde du Patrimoine Viracois

Histoire d'un vieux moulin à eau.




Les moulins de naguère, tombés en désuétude car devenus peu performants, sont aux meuniers ce que le four à bois est au boulanger. Souvent délabrés, abandonnés ou sans entretien, leur réhabilitation n’a pas d’autre finalité que la conservation d’un patrimoine culturel. Et le constat est édifiant : les chaussées ou biefs sont obturés sinon effondrés, les aubes et aubages grippés ou vermoulus, meules et rouages en mal d’exercice ou de vertige.
Bien que réputés froids et humides ils redeviennent à la belle saison, plein de charme et très fréquentés car ils exercent toujours le même attrait émotionnel ; probable réminiscence subconsciente de ceux de l’enfance ou curiosité d’une ingénierie multi séculaire : bruissement de l'eau et des cascades, effluves de senteurs et de couleurs, histoires de la vie des hommes et où la vie se nourrissait.

Le  moulin de la Ferrière qui n’échappe pas à ce constat, respire encore et peine à s’étirer d’une torpeur cinquantenaire. Point de farines, point d’huiles ; ses meules, ses aubes toujours endormies ne suggèrent que les bourdonnements de l’eau et le frottement de la pierre ; les trémies et bluteries celui des effluves des grains et des farines ; les cahiers comptables, le brouhaha des attelages, des diables et des gniorles d’autrefois.
Le moulin était connu sinon reconnu pour sa mouture et sa capacité de transformations. Sous l'Empire il pouvait produire les farines nécessaires à un escadron. Tout au long du siècle dernier les charrettes faisaient parfois la queue; certes pour les farines contre du « blé » mais aussi, en feinte innocence, pour la pause « gimblettes – curbelets » et les regards des filles de la meunière.

Probablement déjà bâti au cours du 13ème siècle, agrandi jusqu’au 18ème, (dernier agrandissement connu terminé en 1825) le choix de son emplacement a infléchi son devenir commercial. D’abord au confins de trois comtés ( Cordes / Monestiés / St Hippolyte), il marque aujourd’hui celui de trois communes : Monestiés / Salles sur Cérou / Virac, lieu stratégique pour un écho extra territorial.
Point d’avantages sans revers ! L’occupant reversait l’impôt aux entités comtales et à trois autres cléricales (*) dont les fractions se calculaient encore à la mine du contribuable.

Oublié des voies nouvelles de circulation, le moulin confère, ispo-facto, au visiteur, un droit au mérite pour son engagement sur des chemins à la stabilité aléatoire que certains coursiers refusent d’emprunter.
En cours de restauration, le moulin de la Ferrière sera un point d’accueil, convivial, sans manières et, à court terme, un lieu de vie, de vacances ou de retraite.

SITUATION GEOGRAPHIQUE :

-/ jonction exacte des communes de Monestiés / Salles sur Cérou / Virac (occupants administrativement rattachés à la commune de Monestiès)
-/ altitude : 210 mètres
-/ moulin situé sur le ruisseau de « La Zère » qui prend sa source à Blaye les Mines et se jette dans le Cérou, en amont de l'agglomération de Salles ; . D'une longueur de 13 km ce ruisseau canalise les eaux des bassins versants (20 km2 environ) de Blaye / La Bastide Gabausse / Combefa / St Hippolyte / Virac.
-/ indications GPS : lat. 44.06545, 2.05304 / long. 44° 3' 55.62'', 2° 3' 10.95''
-/ carte de Cassini – feuille 113 – date de levée 1769 -1770

PROPRIETAIRES SUCCESSIFS :

< avant 1700, en cours d'identification
< 1700 / Guillaume II de CASTELPERS
< 1787 / Pierre Honoré d’URRE de MILHAU
> 1803 / Jean CUQ, aubergiste à Monestiés
> 1837 / CARDONNEL, allié DECAZES du domaine de St Hippolyte
> 1860 / Pierre ASTOR…. venant ou revenant des Amériques
- 1903 / MARY allié ASTOR, (**)
-1994 / email : agmcausse@yahoo.fr

ACTIVITE et DROITS

-/ transformation de grains en farines (3 à 5 tonnes / mois)
-/ production d'huiles (noix.....
-/ petite production d’électricité depuis 1902
-/ octroi de droit d'eau conformément à l'édit de moulin daté de février 1566

ETYMOLOGIE : de « ferrière »…. Lieu d’extraction du fer. Anciennes carrières aux abords du moulin où l’on y découvre des traces de ferrite. (exploitation abandonnée car sans intérêt commercial).

(*) 1879 : M. le Curé de St Hippolyte convoite les ouailles du moulin de la ferrière, lieu qui était alors rattaché à la paroisse de Salles. Avec quelques stratagèmes et un peu de crédulité de l’occupant, il le contraint à répondre de la paroisse de St Hippolyte. Mais le Curé de Salles, sur une lettre adressée à M. le Ministre des Cultes en France (ce ministère existait jusqu'en 1905) et une pétition du Conseil municipal, ramène à sa paroisse la « brebis égarée »

(*) Début 1900 : nouvelle tentative d’appropriation des gens du moulin par M. le Curé de Monestiés qui invoquait alors, compte-tenu du découpage administratif, que les gens des lieux, bien que vivant à Salles, étaient conçus à Monestiés (la « frontière » sépare les lieux de vie de jour des chambres) Tollé au moulin dont les familles ne voulaient pas parcourir 7 km pour un sermon au prétexte que l’alcôve de Monestiés donnait sur la cuisine de Salles.

(**) Trois frères ASTOR ont acquis au cours des années 1860, trois moulins :
               -/ moulin de Mailhoc
              -/ moulin de Vindrac
             -/ moulin de la Ferrière

A. CAUSSE